Le cadre légal de l’accessibilité
L’accessibilité numérique vise à garantir le droit fondamental des personnes handicapées à accéder à l’information et aux services numériques. En Europe notamment, c’est aujourd’hui une obligation légale pour tous les sites dont l’usage est essentiel.
Qui est concerné par les obligations d’accessibilité numérique en France ?
Les organismes publics, au sens large
Depuis la loi du 11 février 2005 (article 47), les personnes morales de droit public sont soumises à l’obligation d’accessibilité numérique :
- l’État et les collectivités territoriales : régions, départements, communes, intercommunalités
- les établissements publics : hôpitaux, universités, caisses de sécurité sociale, établissements publics industriels et commerciaux, agences de l’État...
Le cadre légal de 2005 englobe également, depuis la loi pour une République Numérique de 2016 (article 106) :
- les entreprises ou associations délégataires d’une mission de service public : transport, mobilité, gestion de l’eau et de l’assainissement, services funéraires, crèches et petite enfance, équipements culturels ou sportifs...
- les organismes investis d’une mission d’intérêt général sous le contrôle d’acteurs publics : secteur social ou médico-social, culture, patrimoine, offices de tourisme subventionnés, environnement et écologie...
L’ensemble représente environ 50 000 entités, dont une grande part de communes.
Les grandes entreprises
Avec le décret 2019-768 du 24 juillet 2019, la loi de 2005 s’est étendue aux entreprises privées réalisant en France un chiffre d’affaires supérieur à 250 millions d’euros :
- énergie : TotalEnergies, Engie...
- environnement : Veolia, Derichebourg...
- banque & assurance : BNP Paribas, Société Générale, AXA...
- luxe, grande consommation, distribution : LVMH, Kering, Carrefour, Casino...
- industrie, matériaux, chimie : ArcelorMittal, Saint-Gobain, Arkema...
- technologie, logiciels, télécoms : Capgemini, Atos, Orange...
- santé, pharmacie, biotechnologies : Sanofi, Ipsen, Biomérieux...
- transport, aéronautique, automobile : Airbus, Stellantis, Air France KLM...
Selon les données de la Banque de France, au moins 3 000 entreprises sont concernées.
Les acteurs privés du numérique, dont l’e-commerce
Désormais, avec la transposition en France de la directive européenne European Accessibility Act (EAA) par la loi 2023-171 du 9 mars 2023 et l’arrêté du 9 octobre 2023, l’obligation d’accessibilité s’élargit depuis le 28 juin 2025 :
- aux produits numériques (ordinateurs, smartphones, tablettes, terminaux de paiement, bornes interactives, liseuses...)
- aux services essentiels proposés au public : e-commerce, services bancaires, de transport, de communication électronique, médias audiovisuels...
Ce cadre s’applique notamment à tous les sites de commerce électronique. Seules les très petites entreprises (moins de dix salariés et chiffre d’affaires inférieur à 2 millions d’euros) en sont exemptées.
Une note récapitulative de la DGCCRF (Direction générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des fraudes) permet de consulter le détail des conditions d’application.
Pour le seul segment du commerce électronique, 10 000 à 20 000 acteurs sont concernés (sur les 150 000 sites e-commerce recensés en France par la FEVAD - Fédération du e-commerce et de la vente à distance).
Quelles obligations ?
Pour les organismes publics et les grandes entreprises
La conformité au référentiel européen à travers le RGAA
Avec la loi 2018-771 puis le décret 2019-768, la France a incorporé à sa loi initiale de 2005 les obligations européennes de la directive européenne 2016/2102 sur l'accessibilité du web (WAD - Web Accessibility Directive) devant s’appliquer aux sites et applications du secteur public dans les états membres.
Le RGAA (Référentiel général d'amélioration de l'accessibilité) est devenu, à partir de cette date, la norme à laquelle se conformer pour les organismes publics et les grandes entreprises en France.
Le RGAA renvoie à la norme EN 301 549 comme socle technique de référence mais ses 106 critères ne couvrent pas exactement toutes les exigences de la norme européenne (documentation, outils d’édition, sous-titres et audiodescription…). Pour cette raison, les entreprises ont la possibilité de se conformer à un référentiel plus large, à condition d’établir une correspondance avec les critères et les tests du RGAA.
Les dispositifs devant se conformer au RGAA incluent :
- les sites internet, intranet, extranet
- les applications mobiles
Plusieurs cas d’exemption sont prévus, permettant d’alléger les contraintes sur les contenus les plus anciens, ainsi que sur les composants externes tels que les lecteurs vidéo intégrés.
Il existe de même dans le RGAA une dérogation pour charge disproportionnée. Une alternative doit alors être proposée si le contenu ou la fonctionnalité concerne les missions principales de l’organisme public.
La publication des résultats de conformité
La conformité des dispositifs est déterminée par un audit. Il peut être réalisé par l’organisme lui-même ou par un prestataire externe. Il porte sur un échantillon de pages représentatif, dont plusieurs obligatoires : page d’accueil, contact, plan du site...
Les résultats de l’audit donnent lieu à deux publications obligatoires :
- la déclaration de conformité
- la mention en clair du statut de conformité sur la page d’accueil
La déclaration de conformité doit être publiée sur le site dès la mise en ligne (création du site ou refonte majeure), et être accessible depuis toutes les pages. Elle est valable pendant 3 ans. Elle indique notamment l’état de conformité, les contenus non accessibles, ainsi que les dispositifs d’assistance et de contact mis en place.
Le statut de conformité indique :
- « Conformité totale » si tous les critères de contrôle du RGAA sont respectés
- « Conformité partielle » si 50 % ou plus des critères sont respectés
- « Non-conformité » dans les autres cas (y compris en l’absence d’audit)
Le RGAA impose par ailleurs qu’un lien vers une page dédiée à l’accessibilité soit présent sur toutes les pages. La pratique courante est d’utiliser le pied de page, avec un intitulé de lien mentionnant le statut de conformité (« Accessibilité : conformité partielle », par exemple).
Un engagement à long terme vers l’accessibilité
Les organismes concernés, publics et privés, doivent s’engager dans une démarche pérenne d’évaluation et d’amélioration de l’accessibilité, en adoptant et en publiant un schéma pluriannuel de mise en accessibilité.
Un référent accessibilité doit être désigné pour suivre ce schéma, élaborer des plans d’actions annuels et en communiquer les bilans. Le plan d’action de l’année en cours doit être publié sur le site.
Enfin, un mécanisme de signalement et réponse aux usagers concernant les manquements aux règles d’accessibilité doit être proposé sur le site.
Pour les acteurs du numérique grand public
La conformité au référentiel européen
La directive European Accessibility Act (EAA) concerne de multiples produits et services numériques. Sa transposition en France par la loi du 9 mars 2023 a ainsi enrichi plusieurs de nos codes : consommation, transports, monétaire et financier, postes et communications.
Au même titre que tous les dispositifs visés par l’EAA – produits informatiques, services de transports, services bancaires... – les sites web qui doivent s’y conformer (notamment e-commerce) doivent se référer à la norme EN 301 549, très large et éminemment théorique.
En pratique, la conformité peut être évaluée à travers :
- le Référentiel Général d’Amélioration de l’Accessibilité (RGAA)
- ou les WCAG (Web Content Accessibility Guidelines) niveau AA
Mais à nouveau, ces référentiels ne couvrent pas l’ensemble de la norme européenne. Ils restent notamment muets sur les services d’assistance, la communication en temps réel, les outils d’édition ou la documentation relative à l’accessibilité. Ou sur des critères précis tels que les sous-titres et l’audiodescription des vidéos.
Le RAWeb, élaboré par le gouvernement luxembourgeois, est à ce titre une bonne méthode d’évaluation. Il enrichit le RGAA de plusieurs thématiques et d’une trentaine de critères couvrant le socle européen. En France, la version 5 du RGAA actuellement à l’étude s’en inspirera largement.
Une communication transparente
L’entreprise doit pouvoir démontrer la conformité aux exigences d’accessibilité et la rendre explicite pour les utilisateurs. En pratique, le modèle de déclaration d’accessibilité du RGAA peut être utilisé. L’audit complet doit également être tenu à la disposition des autorités sur demande.
Lorsqu’un site n’est pas conforme, une déclaration de non-conformité doit être déposée. Toutefois, cela ne lève pas l’obligation de mettre en œuvre les actions correctives pour rétablir la conformité.
Enfin, les services de support et assistance de l’éditeur doivent être en mesure de fournir aux utilisateurs des informations sur l'accessibilité.
Quels contrôles ? Quelles sanctions ?
Pour les organismes publics et les grandes entreprises
Depuis 2023, c’est l’Arcom qui est chargée de contrôler le respect des obligations d’accessibilité des sites et applications relevant de la loi du 11 février 2005.
Elle peut, après mise en demeure, prononcer une sanction allant jusqu’à :
- 25 000 € pour défaut de publication de la déclaration d’accessibilité ou du schémas pluriannuel
- 50 000 € pour non prise en compte de l’accessibilité (pour les organismes publics spécifiquement)
De nouvelles sanctions peuvent être prononcées au bout de 6 mois, assorties éventuellement de mesures de publicité.
Pour les acteurs du numérique grand public
Les sanctions dépendent en grande partie du type de dispositif concerné (ordinateur, terminal de paiement, service financier ou de transport...), et de l’autorité de contrôle dont il dépend, notamment pour les secteurs régulés (finance, opérateurs télécoms, marchés...).
S’agissant des sites de commerce électronique, qui relèvent du code de la consommation, l’autorité de contrôle est la DGCCRF. Le contrôle peut donner lieu pour une société à une contravention de 5ème classe soit :
- 7 500 € pour manquement à ses obligations d’accessibilité
- 15 000 € en cas de récidive
Les agents de la DGCCRF peuvent enjoindre aux professionnels la mise en conformité du site, avec des mesures allant jusqu’à 3 000 € d’astreinte journalière (dans la limite de 300 000 €), et d’éventuelles mesures contraignantes de publicité.
Quelle réglementation en dehors de la France ?
WCAG, un socle technique pratiquement universel
La plupart des pays dotés d’un cadre légal sur l’accessibilité numérique désignent aujourd’hui un référentiel technique qui repose pour tout ou partie sur les Règles WCAG.
Ces règles font partie d’une série de recommandations publiées par un groupe de travail du W3C, la principale organisation internationale de normalisation pour Internet. Elles définissent un ensemble d’exigences pratiques d’accessibilité autour de 4 principes fondamentaux : perceptible, utilisable, compréhensible et robuste. Chaque règle comprend un certain nombre de critères de succès, selon 3 niveaux d’exigence : A (indispensable), AA (recommandé), AAA (optimal).
Façonnées en 1995, régulièrement mises à jour et enrichies, et désormais approuvées en tant que standard ISO, les règles WCAG se sont imposées naturellement dans le monde entier.
Dans l’Union européenne
La norme EN 301 549 a été créée sous l’impulsion de la Commission Européenne et s’impose aux 27 états membres dans leur législation nationale (au moins pour les sites publics), notamment :
- Belgique : arrêté royal du 29 mars 2019, sous la supervision du BOSA (Service Public Fédéral Beleid en Ondersteuning (Politique et Soutien) - Stratégie et Appui)
- Luxembourg : loi du 1er août 2019, avec le SIP (Service Information et Presse du gouvernement luxembourgeois)
- Allemagne : loi BITV 2.0 du 25 juillet 2019, avec le BMAS (Bundesministerium für Arbeit und Soziales - Ministère fédéral du Travail et des Affaires sociales)
- Espagne : décret royal RD 1112/2018, avec l’association UNE (Una Norma Española - association espagnole de normalisation)
- Italie : loi Stanca modifiée par le décret 106 du 10 août 2018, avec l’AgID (Agenzia per l’Italia Digitale - Agence pour l’Italie numérique)
Elle s'appuie très largement sur les WCAG 2.1 pour les exigences relatives au web et aux documents électroniques, et étend ses principes (perceptible, utilisable, compréhensible, robuste) aux logiciels, aux matériels et aux services liés.
Intéressant : le Canada et l’Australie l’ont aussi adopté dans leur droit national !
En Suisse
La norme pour l'accessibilité numérique en Suisse est l'eCH-0059. Elle définit les exigences pour les services publics et les entreprises concessionnaires depuis 2020, en s'appuyant sur les WCAG 2.1 ou 2.2 au niveau AA.
Au Québec
La norme principale pour l'accessibilité numérique au Québec est le Standard sur l'accessibilité des sites Web (SGQRI), en vigueur depuis le 29 avril 2024 et applicable aux organismes publics. Elle s'appuie sur les WCAG 2.1 niveau AA, avec certains critères de la version 2.2.
Aux États-Unis
Les principales normes pour l'accessibilité numérique aux États-Unis sont la Section 508 de la loi sur la réadaptation pour les agences fédérales et la Loi sur les Américains handicapés (ADA) pour les entités publiques et privées. Ces deux cadres s'appuient sur les WCAG 2.1, avec des niveaux A, AA ou AAA selon les contextes.
Des exigences de publication relativement homogènes
Dans la majorité des pays ayant adopté un cadre légal pour l’accessibilité, les obligations de communication sont similaires à celles qui ont cours en France :
- publication d’une déclaration d’accessibilité
- mise à disposition d’une procédure de signalement et de recours
- plan d’action annuel ou pluriannuel, ou a minima planification de tests réguliers
Cette harmonisation internationale facilite la conformité pour les organisations et entreprises opérant à l’international, tout en garantissant une expérience inclusive cohérente pour tous les utilisateurs.
Ainsi, pour un contexte donné (par exemple un site français opérant également en Europe ainsi qu’aux États-Unis à travers des versions localisées), il reste relativement aisé de définir un référentiel de test élargi (autour d’une sélection de règles et critères de succès WCAG) et des publications ne nécessitant que peu d’adaptations locales.
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